Physique
Pendant que les constructeurs multiplient les astuces pour sauver le moteur thermique, une vérité vieille de deux siècles coupe court au débat. L'efficacité énergétique du thermique est plafonnée par les lois de la physique. Une bataille perdue d'avance ?
L'année 2025 a révélé un paradoxe cruel. Alors que les ventes de véhicules électriques stagnent en Europe, l'industrie s'accroche au moteur thermique comme à une bouée. Hybrides légers, carburants synthétiques, injection optimisée : tout est bon pour prolonger l'agonie. Mais aucune de ces solutions ne pourra déjouer un obstacle invisible et implacable : le cycle de Carnot.
Thermodynamique
60% de l'énergie part en fumée, littéralement
Le cycle de Carnot n'est pas une théorie fumeuse. C'est une loi thermodynamique établie en 1824 par Sadi Carnot, qui fixe une limite théorique à tout moteur transformant de la chaleur en mouvement. Verdict : une partie de l'énergie est toujours perdue sous forme de chaleur résiduelle.
En pratique, les moteurs diesel atteignent environ 40% de rendement. Les moteurs essence font pire : 30 à 35%. Traduction concrète : sur chaque plein d'essence, plus de 60% de l'énergie finit en chaleur inutile dissipée dans l'atmosphère. Pas vraiment un modèle d'efficacité.
À titre de comparaison, un moteur électrique dépasse allègrement les 90% de rendement. Pas de combustion, pas de chaleur perdue, pas de cycle de Carnot. Une victoire technique par K.O.
Innovation
Les Chinois ont-ils trouvé une faille ?
Face à ce plafond de verre, certains constructeurs chinois ont tenté une approche différente. Au lieu de saupoudrer leurs blocs d'électrification, ils ont choisi de pousser l'optimisation de la combustion pure dans ses derniers retranchements. Une voie aussi explorée par Porsche avec son révolutionnaire moteur 6 temps.
Le problème ? Monter en température accélère l'usure des composants, multiplie les besoins en refroidissement et fait exploser les émissions polluantes. Les ingénieurs ont beau déployer des trésors d'ingéniosité — turbocompresseurs, injection directe, distribution variable — ils ne font que repousser l'inévitable. On optimise, on ajuste, on compense. Mais on ne défie pas la thermodynamique.
E-Fuels
Carburants synthétiques : un mirage coûteux
L'autre piste explorée par l'industrie européenne repose sur les carburants synthétiques. L'idée : produire de l'essence ou du diesel « propre » à partir d'hydrogène et de CO₂ capté. Une solution séduisante sur le papier, qui permettrait de conserver les moteurs thermiques tout en réduisant l'empreinte carbone.
Sauf qu'un carburant synthétique reste un carburant. Il brûle, dégage de la chaleur, et se heurte aux mêmes limites de rendement que l'essence fossile. Changer la nature du combustible ne modifie en rien les lois de la physique. Le cycle de Carnot reste incontournable.
Reste une question : pourquoi s'acharner à perfectionner une technologie dont le plafond théorique est connu depuis deux siècles ?
Industrie
Une stratégie dilatoire ou un déni collectif ?
La réponse tient peut-être autant à l'économie qu'à la physique. Les investissements industriels dans les chaînes de production thermiques se chiffrent en milliards. Passer brutalement à l'électrique reviendrait à admettre que ces infrastructures sont vouées à l'obsolescence. Une pilule difficile à avaler pour des groupes qui ont bâti leur empire sur le moteur à explosion.
Mais le temps joue contre eux. Chaque année, les moteurs électriques gagnent en autonomie, en coût de production et en densité énergétique. Pendant ce temps, le thermique optimise à la marge, grappille 2 ou 3% de rendement supplémentaire, et reste englué dans ses limites structurelles.
Le débat sur l'efficacité énergétique est techniquement clos. Ce qui reste à trancher, c'est la vitesse à laquelle l'industrie acceptera de tourner la page.




